75 ans d’optique chez Angénieux

17 décembre 2010 par Optro & Défense | Print 75 ans d’optique chez Angénieux

Nouveau logo, c’est le cadeau que s’est fait cette semaine Angénieux à l’occasion de ses 75 ans. Retour sur les succès et les faits marquants qui ont fait de cette entreprise une référence dans le monde de l’optronique, et de l’optronique militaire en particulier.

Un certain Pierre Angénieux

Né un 14 juillet, Pierre Angénieux obtient à 21 ans le diplôme d’ingénieur des Arts et Métiers à Cluny puis, un an plus tard, celui d’ingénieur opticien de l’École Supérieure d’Optique. 
Il commence sa carrière chez Pathé où il appréhende pour la première fois le monde du cinéma. En 1935, il fonde à Paris les Établissements Angénieux et rencontre les plus grands cinéastes de l’époque (Renoir, Abel Gance…). En 1939, il quitte Paris et transfère sa société dans village natal au nord de Saint-Etienne, où existaient déjà des ateliers de production.

Pierre Angénieux était un défenseur du calcul trigonométrique de la trajectoire des rayons lumineux, rejoignant en cela l’Ecole Allemande (Carl Zeiss et Ernst Abbe). Il révolutionne les méthodes de calcul optique en réduisant considérablement le nombre de rayons lumineux à suivre et, par là-même, le nombre de calculs : il réduit ainsi de près de dix fois le nombre d’heures nécessaires à la conception d’une optique, dans un monde où l’informatique n’existait pas encore. Des 70 000 heures initiales pour la conception d’un objectif 16 mm, il ne fallut plus que 6 000 heures.

Un marché diversifié

Le cinéma

En 1950, Pierre Angénieux apporte une nouvelle solution aux photographes et cinéastes en inventant le principe révolutionnaire du Rétrofocus. En rejetant le plan principal image (et donc le foyer) loin derrière la lentille, il est désormais possible de monter un objectif grand angle sur un système reflex mono-objectif à miroir basculant, et fournit des grand-angles de la plus haute qualité aux pionniers de la visée directe mono-objectif.

En 1953, Pierre Angénieux accède à un nouveau challenge. Il parvient à repousser les limites de l’ouverture d’un objectif et met au point un objectif atteignant F/0,95 d’ouverture contre F/1,4 auparavant, autorisant ainsi un apport de lumière deux fois plus important dans l’optique. Pour la première fois, des images en couleur du métro de Paris peuvent se faire. Cet exploit vaut à Pierre Angénieux le privilège d’être choisi par le constructeur américain Bell&Howell pour équiper ses caméras BH 70, un partenariat qui durera 35 ans.

En 1956, s’appuyant sur ses méthodes de combinaisons optiques, il relève le défi de créer un objectif à focale variable – ou zoom – à mise au point rigoureuse et constante. Pour ce faire, un ou plusieurs groupes compensateurs se déplacent de façon non linéaire et très précisément, les coordonnées aux déplacements du groupe servant à modifier la distance focale (le variateur). Cette compensation dite mécanique permet, moyennant un mécanisme à cames très précis, la construction de zooms de haute définition et de grande amplitude de variation. Le rapport limité à 4 (17-68 mm) en 1956, atteint 10 (12-120 mm) dès 1958 avec une gamme qui sera au sommet de la qualité en cinéma de reportage 16 mm dans les années 60 et 70. En 1964, il est récompensée par un premier oscar à Hollywood pour la conception d’un objectif x10 pour le cinéma. Un autre suivra en 1990 pour l’ensemble de sa contribution au monde du cinéma. La société recevra encore un Emmy Award en 2005 de la National Academy of Television Arts and Sciences. Notons que quatre de ses ingénieurs recevront un oscar scientifique et technique en 2009.

Objectif lune

Le 31 juillet 1964, le sol lunaire est photographié pour la première fois par la sonde spatiale Ranger VII, équipée d’une caméra RCA et d’un objectif Angénieux 25 mm à F/0,95. La première image fut prise à 2 500 km de distance, la dernière à 500 m avec une résolution de 30 centimètres.

Une coopération s’instaure à cette époque entre la Nasa et Angénieux à l’occasion des missions Ranger(neuf missions préparatoires aux missions habitées de la NASA), Gemini et Apollo et aboutira le 21 juillet 1969 à l’incroyable succès de la mission Apollo XI et au plus grand moment de télévision de tous les temps : les images du premier pas de l’homme sur la lune filmé par un zoom Angénieux 6×25 le 21 Juillet 1969.

L’optronique militaire

En 1978, Angénieux conçoit le premier zoom infrarouge. Cependant, l’effondrement du marché du cinéma amateur et les difficultés à percer sur le marché photo grand public face à la concurrence japonaise fragilise l’entreprise. En 1993,  l’entreprise est rachetée par le groupe Thomson, aujourd’hui devenu Thales. Trois ans plus tard, les premières jumelles compactes à intensification de lumière « LUCIE » sont lancées avec un succès mondial avec 50 000 exemplaires en service. Deux ans plus tard, Thales Angénieux SA développe le système de vision du casque Aconit des pilotes d’hélicoptère. Capitalisant sans doute sur l’expérience acquise à l’occasion du PEA fusible, Thales Angénieux a annoncé dernièrement lancement officiel de la première jumelle de vision nocturne modulaire MINIE-Dir. Cumulant l’apport d’une image intensifiée à celle d’une image infrarouge, elle propose aux fantassins des capacités opérationnelles accrues et une protection optimale. Elle complète une gamme déjà riche incluant les jumelles à intensification de lumière MINIE-D, LUCIE et HELIE,  le monoculaire MONIE, ou la caméra infrarouge non refroidie ELVIR S25.

Rappelons qu’HELIE équipe les pilotes d’hélicoptères de l’armée française. De son côté, EADS Défense et Sécurité a sélectionné la jumelle de vision nocturne MINIE-D de Thales Angénieux pour l’équipement de tête du programme COMFUT (COMbatiente FUTuro) de modernisation du fantassin espagnol (l’équivalent du programme français FELIN). En y intégrant en plus un micro afficheur, elle offre de nouvelles fonctionnalités telles que l’observation ou le tir déporté, lorsqu’elle est connectée au système du fantassin dont EADS Defense et Sécurité assurer la maîtrise d’ouvrage.

L’entreprise propose par ailleurs des zooms de surveillance et de sécurité, de x10 à x60, qui s’adaptent parfaitement aux caméras CCD et aux caméras à intensification de lumière. Ceux-ci sont destinés aux forces de police, aux forces spéciales, aux militaires, aux gardes frontières terrestres et maritimes, aux aéroports, et aussi aux applications conventionnelles de surveillance (trajectographie, opérations de recherche et de secours, gestion de trafic,…).

Thales Angénieux aujourd’hui

Thales Angénieux a donc acquis au fil du temps une réputation d’excellence dans les domaines du cinéma, son activité la plus connue, mais aussi de la télévision et de la défense. L’entreprise est aujourd’hui dirigée par Philippe Parrain, emploie environ 270 collaborateurs avec un chiffre d’affaires de 33 millions d’euros (chiffres 2008). La société est désormais ouverte à l’international, avec deux bureaux (aux Etats-Unis et à Singapour) et un réseau international de plus de 50 distributeurs qui permet à Thales Angénieux de réaliser 66% de son chiffre d’affaires à l’export.

Sources:
site officiel d’Angénieux
Pierre Angénieux sur wikipédia

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