AASM

20 juillet 2010 par Optro & Défense | Print AASM

L’Armement Air Sol Modulaire (AASM) est une munition produite par Sagem Défense Sécurité (groupe Safran) depuis 2000 sous la maîtrise d’ouvrage de l’Unité de Management Rafale de la DGA. Commençons par dire ce que le AASM n’est pas: ce n’est ni une bombe conventionnelle, ni un missile. On pourrait  le voir comme kit de munition qui propose différentes versions. En ce sens, c’est un système hybride entre une bombe conventionnelle et un missile, sorte de chaînon manquant pour répondre à un cadre d’emploi  bien particulier.

La famille des AASM

Ce kit s’adapte sur des bombes lisses classiques (Mk82, BLU-111) ou à pénétration (CBEMS développée par MBDA) de 125 kg et 250 kg (modules 500 kg et 1000 kg à l’étude) afin de permettre un guidage précis de ces munitions subissant jusqu’alors les lois de la gravité et de l’aérodynamique. Il intègre à une munition au départ purement balistique un kit de guidage sophistiqué à l’avant, et à l’arrière un kit d’augmentation de portée constitué d’un empennage planant et d’un système de propulsion (sous-traité par Roxel). La plaquette de présentation officielle est disponible ici (version Anglaise).

Complémentaire des missiles de croisière destinés aux frappes en profondeur, la famille AASM est dédiée aux objectifs de niveau tactique situés à plusieurs dizaines de kilomètres. Dans le cas d’un corps de bombe de 250 kg, l’AASM a une longueur de 3,10 m et une masse de 340 kg.

Les avions de combat Rafale et Mirage 2000 peuvent en embarquer jusqu’à six exemplaires à l’aide de leurs deux adaptateurs en triangle embarquant chacune 3 munitions. Chaque munition peut être dirigée indépendamment vers un objectif prédéterminé et peut avoir été configurée spécifiquement selon la mission du jour. Cette modularité évite également de coûteuses modifications d’intégration aéromécanique sur les avions. Les interfaces sont bien sûr compatibles avec les normes MIL-STD-1553/1760 et conformes aux différents STANAGs OTAN.

Trois versions pour la fonction guidage

Guidage inertiel et GPS

Dans cette déclinaison, l’arme est dotée d’un système de guidage/navigation hybride (filtrage de Kalman) combinant la position radioélectrique fournie par un récepteur GPS et les données inertielles d’une centrale gyro/accélérométrique embarquée (IMU = Inertial Measurement Unit, Unité de Mesures Inertielles).

Cette version inertie-GPS a une précision de l’ordre de 10 mètres, son guidage terminal ayant pour objectif de faire arriver l’arme sur l’objectif avec l’angle d’impact et la vitesse commandées. Elle est aujourd’hui opérationnelle et déployée en Afghanistan depuis sa qualification en 2008 (débutée le 6 septembre 2004 à l’occasion d’un tir de démonstrateur depuis Mirage 2000). Elle a en effet connu son baptême du feu le 20 avril de cette année là, lors d’une mission d’appui effectuée par un Rafale au profit de troupes et d’un hélicoptère pris sous le feu d’insurgés.

Guidage infrarouge

La seconde version qualifiée en 2009 est la version infrarouge dont les tirs d’évaluation technico-opérationnelle sont en cours. En version à guidage terminal infrarouge jour/nuit, sa précision est de quelques mètres seulement. Les tirs d’évaluation technico-opérationnelle de la seconde, dite à infrarouge, sont en cours.

Dans cette version de AASM à précision métrique , la phase de guidage terminal comprend en plus un recalage de la navigation de l’arme sur la cible réelle, obtenu par mise en correspondance de l’image vue par le capteur infrarouge et d’un modèle de cible stocké dans la mémoire de l’arme. Ce modèle aura préalablement été élaboré au sol à l’aide d’un système de préparation de mission et, par exemple, d’une image satellite. C’est encore Sagem qui réalise le capteur infrarouge, les traitements d’image et le module préparation de mission de l’AASM.

Guidage Laser

La version laser constitue la troisième version de l’armement AASM. Les travaux d’étude ont été effectués par Sagem DS dans le cadre du PEA DASIGL. Le centre DGA « Essais de Missiles » de Biscarosse a ainsi réalisé avec succès le jeudi 17 juin 2010 le premier tir d’un  AASM – laser. Ce tir d’une munition à guidage laser à arrivée verticale, constitue une première mondiale.

Cadre d’emploi

La munition peut être lancée à distance de sécurité (15 km pour un largage à basse altitude, 50 km pour un largage à haute altitude) et la dynamique de vol alors autonome peut être observée par exemple à l’aide d’un pod. Cette distance de sécurité, sans aller jusqu’au principe de frappe en profondeur, est devenue essentielle en raison de la présence de Manpads sur les théâtres d’opération qui constituent une menace majeure pour l’aviation de combat.

Le guidage de l’arme se fait de manière autonome (tir « fire & forget ») mais on on a toute fois la possibilité de reprogrammer les paramètres en cours de vol d’approche. Leur utilisation impose un contexte d’emploi spécifique, leur guidage les amenant parfois à prendre de l’altitude pour corriger leur trajectoire.

Ce système, lorsqu’il est portée par l’avion, s’aligne sur la navigation inertie/GPS plus précise de l’avion, avec son filtre de Kalman opérant en mode « alignement en vol ». En fait, l’IMU de l’arme reçoit les données du navigateur de l’avion, et raffine les siennes. Notons que l’avion, s’il a décollé d’un porte-avions, aura lui-même procédé à un alignement de nature comparable (on parle d’alignement à la mer) en synergie avec la centrale inertie/GPS du porte-avions. Nous sommes en plein de le cadre de ce qu’on appelle les systèmes de systèmes.

Suivant la version du  système de guidage,  la phase terminale du vol va être affiné à l’aide d’un modèle de cible infrarouge ou en suivant une tâche d’illumination laser pour atteindre les précisions précisées précédemment.

Quelques chiffres

L’armée de l’air française vise l’acquisition de 2 400 exemplaires à l’horizon 2025, dont 1 540 livraisons jusqu’en 2014. Fin 2009, 1 424 kits ont été effectivement commandés. Le Maroc a, à priori, acquis des AASM dans le cadre du programme de rénovation de ses Mirage F1. Après un usinage réalisé à la Société des Ateliers Mécaniques de Pont-sur-Sambre (SAMP, près de Maubeuge), c’est la société Eurenco, du groupe SNPE, qui remplit les bombes d’explosifs. Les kits de guidage sont ensuite ajoutés obtenir le produit fini AASM.

Le rapport n°2572  de la commission de la Défense nationale et des forces armées, au titre de la loi de finances 2006, a estimé le coût du projet à 430 M€. Pour l’acquisition de 3000 exemplaires, cela porterait le coût unitaire, R&D inclus, à 143 k€. Toute fois, la voix du nord indique qu’au titre du plan de relance de l’économie, 4 M€ ont été dédiés à l’achat de 1200 bombes (soit 3,3k€ l’unité, plus 3k€ lié à la charge explosive). On en déduit donc les quelques 100k€ nécessaires à la transformation de la bombe en un AASM à l’opposé du concept de tapis de bombe. A titre de comparaison, Jean Dominique Merchet de Libération indique que les concurrents américains du AASM, le Paveway 2 et Enhanced Paveway de Raytheon, se chiffrent respectivement à 18 et 35 k€.

sources:
site officiel de SAGEM DS
site officiel de la DGA
wikipédia
ixarm, le portail de l’armement
tir AASM en Afghanistan , article de Mer et Marine du 05/05/2008
contrat pour la SAMP
, article de la voix du nord du 06/01/2010
plan de relance passe par les bombes
, blog secret défense le 16/05/2009

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