Les (tout premiers) débuts de la reconnaissance aéroportée

4 juillet 2011 par Optro & Défense | Print Les (tout premiers) débuts de la reconnaissance aéroportée

Aujourd’hui, les systèmes de reconnaissance tels que les nacelles aéroportées RECO-NG ou les satellites d’observation militaire SBIRS ou SPIRALE figurent parmi les systèmes les plus complexes à concevoir. L’idée de l’observation à partir du ciel est cependant ancienne, à en juger par cette rétrospective non-exhaustive.

Les vues en ballons

La première photographie aérienne connue a été prise en 1858 par le photographe français et aéronaute, Gaspar Felix Tournachon, dit «Nadar». En 1855, il breveta l’idée d’utiliser des photographies aériennes en cartographie et pour la surveillance, mais il lui a fallu trois années d’expérimentation avant de produire avec succès sur la toute première photographie aérienne : une vue sur le village du Petit-Bicêtre (actuel Petit-Clamart, au sud de Paris) prise à partir d’une montgolfière à 80 mètres au-dessus du sol.

Ce n’était pas un mince exploit, compte tenu de la complexité du procédé photographique au collodion humide (inventé 7 ans plus tôt) qui nécessitait une chambre noire complète, devant alors être transportée dans la nacelle du ballon! Malheureusement, les premières photographies de Nadar ne résistèrent pas au temps, et la plus ancienne photographie aérienne encore disponible est l’image de James Wallace Black de Boston à partir d’un ballon à air chaud, prises en 1860. Suite au développement du processus de plaque sèche, il n’était plus nécessaire transporter tout l’équipement et la photographie aérienne pris son « envol ».

Les pigeons photographes

Cette technique de photographie aérienne a été inventée par l’apothicaire Allemand Julius Neubronner en 1907. Rappelons que les pigeons voyageurs étaient déjà beaucoup employés comme messagers civils et messagers de guerre. Pendant la guerre franco-allemande de 1870, la poste pigeonnière de Paris transportait jusqu’à 50 000 télégrammes microfilmés par vol de pigeon de Tours à la capitale assiégée (au total 100 000 dépêches d’État et un million de messages privés).

Neubronner eu l’idée d’attacher aux pigeons un harnais en aluminium supportant un appareil photo miniature pesant 30 à 70 grammes, expérience lui ayant montré qu’un pigeon pouvait supporter le tiers de son poids . Pour prendre une photographie aérienne, Neubronner déplaçait un pigeon à un endroit éloigné d’une centaine de kilomètres au plus de son colombier. L’oiseau, équipé d’un tel harnachement était libéré, sachant qu’il serait déchargé une fois de retour, ce qui l’amenait à prendre la route la plus directe à une vitesse maximale de 15 km/h. L’oiseau chargé volait à une altitude de 50 à 100 mètres.  Pour prendre des photos à intervalle régulier, l’inventeur utilisait un intervallomètre dont il réglait la tension des ressorts pour obtenir des photos de la zone d’intérêt.

La première guerre mondiale éclata quelques années après et l’armée récupéra son idée pour réaliser des prises de vues de reconnaissance aérienne. L’Allemagne utilisa ce procédé mais abandonna l’idée à la fin de la guerre, elle fut alors testée par les militaires Suisses, Français et à priori même par la CIA à des fins d’espionnage.

Vers l’imagerie aéroportée moderne

La première photographie prise en avion a été prise en 1909, par Wilbur Wright. Il était en Italie, engagé dans des plans de marketing pour le gouvernement italien, alors qu’il transportait un passager qui a pris des photos de mouvements de troupes au Centocelli, près de Rome.

Pendant la Première Guerre mondiale, la photographie aérienne remplace ainsi le croquis et les plans reliefs comme ceux qu’on trouve encore au Louvre. Les cartes de bataille utilisées par les deux camps ont été produites à partir de photographies aériennes pour finir à la fin de la guerre par des enregistrements du front complet au moins deux fois par jour.

Des caméras spécialement conçu pour une utilisation aéroportée ont été produites, y compris dans le spectre de l’infrarouge thermique. La stabilité et la vitesse d’obturation est demeurée un problème jusqu’à la fin de la guerre, lorsque M. Sherman Fairchild développe un appareil à obturateur situé à l’intérieur de la lentille. Cette conception a considérablement amélioré la qualité des images, et est devenue la norme pour les systèmes de caméra aérienne pour les 50 années suivantes.

Avant la mort de son fondateur en 1971, Fairchild voit ses capteurs utilisés lors des missions Apollo 15,16 et 17 pour aider à la cartographie de la lune, alors qu’à cette époque en France, Angénieux place ses optiques sur les missions spatiales américaines. Fairchild a poursuivi ses efforts dans le domaine des capteurs pour la reconnaissance aérienne, pour être racheté en janvier dernier par BAE pour un montant de 63 millions d’euros. O&D en parle plus en détails ici.

Les prémices de l’imagerie spatiale

Les premières photographies sur fusée ont été prises en 1897 par l’inventeur suédois, Alfred Nobel. En 1906, Albert Maul en Allemagne, proposa une méthode plus fiable en utilisant une fusée propulsée par air comprimé. Sa caméra a pris une photographie aérienne d’une hauteur de 800 mètres, avant d’être éjectée et parachutée sur terre. Il avait breveté l’idée d’utiliser des fusées à poudre en 1903 et en 1904 ont été testées des caméras gyroscopiques stabilisées et lancées par des fusées puis récupérées par parachute. En 1912, sa fusée photographique est au point pour l’armée autrichienne, mais entre temps, les avions se sont montrés  plus efficaces.

Au moment de la Guerre Froide, des avions spécifiques ont été développé, comme le U2 ou le SR-71 Blackbird aux États-Unis. Les autres pays déclinant leurs avions de chasse dans des versions de reconnaissance. C’est la cas par exemple de la France qui a utilisé des nacelles spécialisées et des versions dédiées de Mirage III (le Mirage IIIR), puis de Mirage F1CR, de Mirage 2000R et même dernièrement (2004) des Mirage IVP conçu initialement pour porter la bombe nucléaire.

Il faut attendre le 24 octobre 1946 pour obtenir le premier cliché suborbital avec une fusée américaine V2 qui montait à une altitude de 130 kilomètres (voir le panorama), ce sont les véritables débuts de la photographie spatiale qui ne sera effective qu’avec les premiers satellites dédiés. Les premières photographies satellites de la Terre ont été réalisées le 14 aout 1959 par le satellite américain Explorer, alors à  27 000 km d’altitude.

Sources :
– livre les nouveauté photographiques de 1910 (p. 66) sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF
– les pigeons photographes sur Wikipédia
site de l’association des photographes aériens professionels
article du 01 novembre 2006 sur Air&Space mag

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