Mythologies autour de l’arme laser

8 juillet 2010 par Optro & Défense | Print Mythologies autour de l’arme laser

Qu’on l’appelle arme laser, rayon de la mort ou DEW (Directed Energy Weapon), les armes à énergie dirigée fascinent. Avant de consacrer une série d’articles sur le sujet pour faire le point sur les recherches actuelles, je tiens à balayer ici l’histoire de la conquête de la lumière, qu’elle soit réelle ou dans les oeuvres de fiction. Les grandes avancées scientifiques suscitent en effet de nombreux fantasmes et réciproquement, les principes issus du monde de l’imaginaire inspirent souvent les chercheurs.

Un certain Archimède

Bien avant l’invention du laser, on a ainsi prêté à la lumière de terrifiants pouvoirs destructeurs. Sans vouloir remonter jusqu’à la mythologie antique, on ne peut s’empêcher de penser aux divinités qui, à l’instar de Zeus, Thor ou Indra (avec son Vajra), exercent leur courroux en déchaînant la foudre.

Lors de l’attaque de la colonie grecque de Syracuse par la flotte romaine en 215 av. J.-C., la légende veut qu’Archimède ait mis au point des miroirs géants pour réfléchir et concentrer les rayons du soleil dans les voiles des navires romains et ainsi les enflammer. Cela semble scientifiquement peu probable car des miroirs suffisamment grands étaient techniquement inconcevables, le miroir argentique n’existant pas encore. Seuls des miroirs en bronze poli pouvaient être utilisés. Historiquement, il n’est fait mention de l’utilisation de miroirs lors du siège de Syracuse que 800 ans après les faits par Anthémios de Tralles, un mathématicien et architecte byzantin, ce qui rend l’anecdote assez douteuse.

Pour la petite histoire, une expérience menée par des étudiants du MIT en octobre 2005 a tenté de démontrer que cette hypothèse était réaliste. Ils ont réussi à enflammer une reconstitution de bateau romain à 30 mètres de distance en dix minutes. Cependant, cette expérience avait été menée hors de l’eau, sur du bois sec, sur une cible immobile et à l’aide de miroirs ordinaires et non de miroirs en bronze poli comme ceux de l’époque d’Archimède.

L’expérience fut renouvelée lors d’une émission de télévision sur Discovery Channel en janvier 2006. Cette reconstitution fut recréée dans des conditions beaucoup plus réalistes et donna des résultats très différents. En prenant pour cible un véritable bateau dont la coque était par conséquent gorgée d’humidité et en utilisant des miroirs de bronze poli, les participants réussirent simplement à faire fumer la coque sans qu’elle prenne feu et à condition que le bateau reste strictement immobile.

Des rayons ardents de la guerre des mondes à Star Wars

D’une tout autre ampleur sont les ravages causés par le «rayon ardent» dont H.G. Wells dote les Martiens dans La Guerre des mondes. Dans ce roman, écrit en 1898, l’envahisseur extraterrestre éradique l’humanité à l’aide d’un «jet de lumière qui faisait s’affaisser, inanimés, tous ceux qu’il atteignait, et de même, quand l’invisible trait ardent passait sur eux, les pins flambaient et tous les buissons de genêts secs s’enflammaient avec un bruit sourd.»

Ces images frappent d’autant plus l’imaginaire populaire qu’à partir des années 1920 plusieurs scientifiques prétendent avoir mis au point ce qu’on appelle désormais communément le « rayon de la mort ». En 1924, on peut ainsi lire dans le New York Times que l’inventeur américain Edwin R. Scott a développé un appareil à éclair capable d’abattre des avions à distance. Une dizaine d’années plus tard, Antonio Longoria, un scientifique espagnol émigré aux Etats-Unis, prétend avoir construit un engin permettant de tuer souris, pigeons, chats et chien à distance.

A peu près à la même époque, Nikola Tesla, ingénieur qui figure parmi les pionniers du courant alternatif, annonce la conception d’une arme dont le rayon serait en mesure d’anéantir «une flotte de 10 000 avions ennemis à une distance de 250 miles». Il propose son idée aux services américains mais, n’étant pas pris au sérieux, il vendit finalement ses services à l’URSS où il avait l’intention de créer des bobines Tesla surpuissantes appelées armes Tesla. À sa mort, il existait selon la rumeur un prototype de « canon antichar », mais le FBI ne put le récupérer et il n’est pas impossible qu’il ait été emporté par un espion soviétique. L’arme n’a pas été développée plus avant par les ingénieurs russes, et on peut donc en déduire que, si la rumeur est vraie, l’arme ne fut jamais opérationnelle.

Même si la presse a évoqué une nouvelle fois l’invention du «rayon de la mort» à son propos, le premier laser mis au point par Théodore Maiman en 1960 est loin de pouvoir accomplir de telles prouesses. Ce qui n’empêche pas les auteurs de science-fiction d’en faire presque immédiatement l’arme du futur et relance de plus belle les fantasmes. Equipant superhéros et aventuriers interstellaires, le laser apparaît ainsi dans la série Star Trek dès 1964. Treize ans plus tard, il tiendra un rôle essentiel dans la lutte que se livrent les protagonistes de Star Wars à grand renfort de sabres lumineux.

Retour à la réalité

Le monde diplomatique indiquait en décembre 1999, citant l’article « Soft Options » du Jane’s Defence Weekly du 17 juillet 1996, que des prototypes lasers aveuglant furent testés en Somalie.  Tout porte à croire qu’il s’agit de la technologie SABER 203, un laser militaire non létal développé par l’entreprise californienne Systems Engineering Associates (SEA) pour l’U.S. Air Force et employé avec succès par les Marines lors du retrait des Forces de l’ONU de Somalie.

Notons que depuis le 13 octobre 1995, les armes aveuglantes, susceptibles d’infliger des brûlures définitives aux rétines, sont formellement prohibées par la résolution 48/79 des Nations unies à l’issue de l’adoption du protocole de Vienne, dit protocole IV. On rappelle que le protocole I porte sur les armes à éclat non localisables, le protocole II sur les mines terrestres et le protocole III sur les armes incendiaires.

Cela été renforcé depuis par l’article 35 §2 et 36 du protocole additionnel de 1977 aux conventions de Genève relatif à  la protection des victimes des conflits armés internationaux.

sources:

campus n° 98 (avril-mai 2010) de l’universite de Genève
faire de la physique avec Star Wars, Conférence du 7/12/2004 de Roland LEHOUCQ:
Vers la guerre sans morts par Steve Wright, archives du monde diplomatique
Examen de la convention sur l’interdiction des armes classiques produisant des effets traumatiques excessifs
, Mario Bettati ,annuaire français de droit international

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